mardi 29 janvier 2013
Les yeux sans visage
Réalisation : Georges Franju
Scénario : Pierre Boileau, Thomas Narcejac, Jean Redon, Claude Sautet, d'après le roman de Jean Redon
Avec : Pierre Brasseur, Alida Valli, Edith Scob
Durée : 1h28mn
Année : 1960
L'histoire :
Le chirurgien Genessier souhaite remodeler le visage de sa fille Christiane, rendue méconnaissable suite à un accident de voiture, mais pour cela il doit effectuer des greffes de peau qu'il aura prélevée sur des jeunes filles.
Le cinéma français s'est peu risqué dans l'épouvante. Mais Les yeux sans visage fait partie de ces rares réussites qui sont entrées dans l'histoire. Il est aussi le film emblématique de Georges Franju, co-fondateur de la Cinémathèque Française.
L'ambiguïté du professeur Genessier, grand médecin qu'on sent dédié à aider les autres, proche de ses patients et qui d'un autre côté commet des actes criminels pour sa fille, est certainement très osée pour l'époque. C'est un personnage intéressant qui incarne le méchant que le public va détester, mais qui dans de courtes scènes laisse transparaître ses sentiments qui le rendent plus humain.
Les apparitions fantomatiques de Christiane sont à chaque fois magnifiques, oscillant entre la terreur et la poésie. Cette silhouette qui se promène seule dans la grande maison crée toute l'atmosphère mystérieuse du film. Le masque blanc empêche de voir les expressions du visage, mais Edith Scob a su avec l'aide de la caméra de Franju faire véhiculer tous ses sentiments simplement avec les yeux.
La mise en scène de Franju produit une atmosphère un peu surréaliste avec un fort contraste entre les scènes de nuit sombres représentatives du suspense et de l'horreur, et les scènes de jour qui sont très claires et qui renforce cette impression éthérée propre au "fantôme" qui hante la maison. La scène de découverte du visage meurtri par une des victimes est d'ailleurs fabuleuse et effrayante.
Avec ce film, le réalisateur aborde l'horreur avec beaucoup de finesse et de poésie, ce qu'on ne retrouve pas dans le cinéma américain de l'époque spécialiste du genre. Un grand classique à mettre aux côtés des perles du genre.
mercredi 9 janvier 2013
Minuit à Paris (Midnight in Paris)
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Kathy Bates
Durée : 1h34mn
Année : 2011
L'histoire :
Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.
Après trois films à Londres et un à Barcelone, Woody Allen continue son périple en Europe en venant faire un tour en France. Pour l'occasion, il magnifie Paris avec une photographie très chaude sublimant tous les quartiers et coins de rue proches de l'image d’Épinal. Ça fait rêver, c'est romantique comme jamais, un vrai plaisir pour les yeux, sans pour autant sombrer dans la guimauve.
L'accompagnement musical est comme d'habitude chez le réalisateur tourné vers le jazz, ici parfois manouche, pour coller avec les "voyages temporels" du personnage principal et qui est très représentatif de l'esprit bohème de l'époque.
Owen Wilson incarne ici un personnage "allénien" typique, un peu névrosé, toujours en doute sur lui-même. Il colle à merveille à ce rôle et montre encore une fois qu'il est un très bon acteur pouvant aller plus loin que ses nombreux rôles comiques, en jouant des personnages plus nuancés comme il l'a fait à plusieurs reprises dans le cinéma de Wes Anderson. Les acteurs l'entourant ne sont pas en reste et la galerie d'artistes qu'il a le plaisir de croiser dans ses escapades nocturnes est très colorées : Hemingway, Dali (Adrien Brody, génial !!), Picasso, ...
Les dialogues sont exquis comme d'habitude avec Allen, avec toujours un humour très fin. Cette comédie romantique est également un bel hommage à l'art sous toutes ses formes : peinture, poésie, musique, ... C'est également une belle déclaration d'amour à la capitale française et à toute la culture qui y est associée.
mardi 20 novembre 2012
Nouvelle cuisine (餃子)
Réalisation : Fruit Chan
Scénario : Pik Wah Li
Avec : Pauline Lau, Tony Leung Ka Fai et Bai Ling
Durée : 1h31mn
Année : 2004
L'histoire :
Ching Lee, une ancienne star approchant la quarantaine, est décidée à retrouver sa beauté d'antan pour reconquérir son infidèle mari. Elle s'adresse alors à Mei, une cuisinière charismatique qui a pour spécialité les jiaozi, raviolis à la vapeur typiques de la cuisine chinoise. Vendus à prix d'or, les jiaozi de Mei, à l'étrange éclat rosâtre, sont réputés pour leurs vertus rajeunissantes.
Ching, prête à tout pour retrouver sa jeunesse, ne se soucie guère de connaître les ingrédients de la recette secrète de Mei. Quitte à en payer le prix fort plus tard...
Nouvelle cuisine est en fait la version longue d'un court-métrage sorti dans la trilogie horrifique 3 extrêmes. Vue la qualité de ce segment, il méritait amplement d'être présenté sous cette nouvelle forme. Le réalisateur a décidé dans son récit de représenter l'horreur dans une réalité actuelle : besoin de rester jeune, avortements illégaux, ...
L'histoire montre à quel point certaines personnes sont prêtes à aller très loin pour conserver une illusion du bonheur. Le réalisateur joue beaucoup sur le symbolisme aussi bien dans les couleurs que dans les formes, et il profite de son scénario pour lancer une critique cynique et peu reluisante de la société actuelle.
La photographie du film est signée Christopher Doyle, le plus asiatique des directeurs photo australiens. Il doit principalement sa renommée pour avoir été le collaborateur de Wong Kar Wai sur la quasi-totalité de ses films. Il apporte une sensualité dans le choix couleurs, qui laisse transparaitre la chaleur et l'humidité du sud-est asiatique. Pour ceux qui le connaissent, ce n'est pas un secret, le vert est la couleur de prédilection de Doyle (jetez un œil à l'appartement de Mei, entre autre). Et il est vrai que c'est la couleur qui retranscrit le mieux cette moiteur et cette sensualité.
Ceci est également renforcé par la réalisation de Fruit Chan qui mêle brillamment nourriture et sexe, dans une représentation qui oscille régulièrement entre le sensuel et l'horreur (on dirait du Cronenberg...). La bande-son joue beaucoup là-dessus avec les bruits volontairement mis en avant (voire exagérés) des scènes de "dégustations" de jiaozi et celles de sexe. Les plans de préparation des raviolis sont tournés au plus près et réussissent à mettre mal à l'aise en n'en montrant finalement pas tant que ça (mais quand un peu, âmes sensibles s'abstenir).
Pour revenir sur le son, la musique est excellente, souvent dominée par du violoncelle qui rend toujours aussi bien le sentiment oppressant. Elle alterne avec des bruits qui nous donnent une impression expérimentale qui participe bien à l'ambiance dérangeante de l’œuvre.
dimanche 11 novembre 2012
Frankenweenie
Réalisation : Tim Burton
Scénario : John August
Avec : Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau
Durée : 1h27mn
Année : 2012
L'histoire :
Après la mort soudaine de Sparky, son chien adoré, le jeune Victor fait appel au pouvoir de la science afin de ramener à la vie celui qui était aussi son meilleur ami. Il lui apporte au passage quelques modifications de son cru… Victor va tenter de cacher la créature qu’il a fabriquée mais lorsque Sparky s’échappe, ses copains de classe, ses professeurs et la ville tout entière vont apprendre que vouloir mettre la vie en laisse peut avoir quelques monstrueuses conséquences…
Tim Burton est de retour avec son 3ème long-métrage d'animation. Et quel film !
Pour la petite histoire, Frankenweenie est le remake d'un court-métrage de Burton datant de 1984. Le film de l'époque avait été réalisé avec de vrais acteur (Barret Oliver dans le rôle titre. Vous savez, le gamin de l'Histoire sans fin...). Le passage à l'animation image-par-image lui permet de revenir à nouveau à une technique qu'il chérit, tout en approfondissant le sujet qu'il avait effleuré à l'époque.
Ici, le maître-mot est hommage. Hommage principalement au cinéma d'horreur des années 30 avec en tête évidemment Frankenstein et sa suite La fiancée de Frankenstein (magnifique Edgar, référence à Igor le bossu ; la chienne Perséphone qui reprend la coiffure de la Fiancée). On notera également un clin d'oeil à Christopher Lee et aux films de la Hammer avec un petit extrait du Cauchemar de Dracula.
Au-delà des personnages, la réalisation et la photographie en noir et blanc (pouvait-il en être autrement ?) reprenne merveilleusement l'ambiance de ces classiques de l'horreur. Le cimetière des animaux, le moulin à vent, le "laboratoire" de Victor sont autant de décor somptueux qui ravissent la rétine des amateurs.
Ce film représente la quintessence de l'univers de Tim. Il réunit tant de sujets chers au réalisateur : l'animation image-par-image, le cinéma d'horreur classique, le dessin des personnages (la fille bizarre au chat qui est en fait une reprise de la Staring Girl de son recueil de poèmes La triste fin du petit enfant huître et autres histoires), ...
Peut-on apprécier le film pleinement si l'on est pas fan du grand Tim ? Difficile à dire, vu que je le suis... Mais en même temps, on peut en dire autant d'un grande partie de sa filmographie. Pour moi, c'est du tout bon ! Et clairement à classer parmi ses meilleures œuvres.
vendredi 5 octobre 2012
Después de Lucía
Réalisation : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Avec : Tessa Ia, Gonzalo Vega Jr., Tamara Yazbek
Durée : 1h43mn
Année : 2012
L'histoire :
Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra, tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.
Le film traite de deux thématiques apparemment sans lien. Le début du film parle du deuil, qui n'est pas un sujet nouveau au cinéma. La suite dévie rapidement vers la maltraitance et les brimades subies par une adolescente de la part de ses camarades de classe. Et c'est lorsque le lien se crée entre ces deux sujets que l'approche du deuil en devient plus originale.
Les attaques physiques et morales dont Alejandra fait les frais sont d'une intensité perturbante. D'autant plus que la caméra relativement fixe nous donne cette impression d'assister vraiment à ces actes avec cette frustration de ne pas pouvoir intervenir.
Tant qu'on parle de la caméra, on constate aussi que celle-ci se place souvent assez bas, à la hauteur de la jeune fille (technique classique qui ajoute à l'empathie du spectateur pour le personnage), voire même parfois légèrement en dessous de sa taille, ce qui met en valeur sa ténacité face à ce qu'elle encaisse. Mention spéciale à l'actrice Tessa Ia qui, du haut de ses 17 ans nous en met plein la vue.
D'ailleurs, on se rend bien compte qu'à la comparaison, du père et de la fille, c'est bien Alejandra qui résiste le mieux aux difficultés de la vie. Lorsqu'on regarde de plus près, le père montre clairement des signes de faiblesse face au deuil, malgré cette espèce de carapace de placidité qu'il revêt devant tout le monde. Alejandra, elle, prend coup sur coup et trouve toujours le moyen de passer les épreuves, de garder la tête hors de l'eau (d'où la métaphore de la nage ?).
L'histoire et la mise en scène très épurée sont d'une force impressionnante et on sort de là en ayant le sentiment de s'être pris une grande claque émotionnelle. Le genre de film qui marque pendant un moment.
lundi 3 septembre 2012
La grande illusion
Réalisation : Jean Renoir
Scénario : Charles Spaak, Jean Renoir
Avec : Jean Gabin, Pierre Fresnay, Eric von Stroheim
Durée : 1h54mn
Année : 1937
L'histoire :
Première Guerre mondiale. Deux soldats français sont faits prisonniers par le commandant von Rauffenstein, un Allemand raffiné et respectueux. Conduits dans un camp de prisonniers, ils aident leurs compagnons de chambrée à creuser un tunnel secret. Mais à la veille de leur évasion, les détenus sont transférés. Ils sont finalement emmenés dans une forteresse de haute sécurité dirigée par von Rauffenstein. Celui-ci traite les prisonniers avec courtoisie, se liant même d'amitié avec Boeldieu. Mais les officiers français préparent une nouvelle évasion.
La grande illusion est le film qui a fait entrer Jean Renoir dans la liste des grands maîtres du cinéma. Le film est servi par des acteurs absolument magistraux, Gabin, Fresnay et Von Stroheim en trio de tête évidemment, mais également les autres personnages incarnés par Dialo ou Parlo. L'histoire montre aussi bien les allemands que les français sous un jour très humain où les individus sont embarqués malgré eux dans un conflit qui les dépasse. Le fait d'ailleurs de montrer les allemands sous ce jour à la veille de la guerre contre le régime nazi n'a pas dû faire réellement l'unanimité à l'époque.
Le film marque bien les absurdités de la guerre sans en montrer un seul combat. En se passant entièrement dans des camps de prisonniers, les rapports entre les soldats (du même camp ou ennemis) sont parfaitement mis en valeur. Ce qu'on constate en premier lieu est l'expression des différences de classes sociales dans l'armée. A l'intérieur même du camp, les prisonniers ne se mélangent pas vraiment dans leurs activités, tout comme on pourrait le voir dans la vie civile. La scène qui représente le plus cette idée est celle où les prisonniers comparent les types de maladie que chaque classe sociale a pour habitude d'avoir.
Au-delà de ça, le film porte beaucoup sur les rapports marqués d'un profond respect entre les gradés des deux camps adverses Boeldieu et Von Rauffenstein. Pendant une scène magnifique, ils se rendent compte qu'ils font partie d'une époque révolue de guerre qui obéissaient à un code précis et reconnaissait la valeur des combattants. A noter également la réplique "culte" de Boeldieu : alors qu'un geôlier le fouille, il se plaint du traitement qu'on réserve à un gradé. Celui-ci lui dit "Mais c'est la guerre". Ce à quoi Boeldieu répond "Je sais que c'est la guerre. Mais il y a moyen de la faire poliment !"
D'ailleurs le film est parsemé de dialogues et répliques savoureux dus à une très grande qualité d'écriture du scénario. La réalisation est aussi superbe et la photo en noir et blanc est somptueuse que ce soit dans les scènes d'intérieur qu'en décor naturels. Un grand classique du cinéma français à voir absolument !
vendredi 17 août 2012
Le samouraï
Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville et Georges Pellegrin
Avec : Alain Delon, Nathalie Delon, François Périer
Durée : 1h45mn
Année : 1967
L'histoire :
Jeff Costello est un tueur à gages. Alors qu'il sort du bureau où git le cadavre de Martey, sa dernière cible, il croise la pianiste du club, Valérie. En dépit d'un bon alibi, il est suspecté du meurtre par le commissaire chargé de l'enquête. Lorsqu'elle est interrogée par celui-ci, la pianiste feint ne pas le reconnaître. Relâché, Jeff cherche à comprendre la raison pour laquelle la jeune femme a agi de la sorte.
Le Samouraï fait partie des grands classiques de Jean-Pierre Melville. D'ailleurs, on ne compte plus les talentueux réalisateurs qui s'en sont inspiré : Jim Jarmusch (Ghost Dog), John Woo (The Killer), ... Le film est devenu le maître-étalon pour les histoires de tueurs à gage solitaires vivant selon leur propre code. Je trouve d'ailleurs que Ghost Dog reste son plus bel hommage allant même jusqu'à reprendre la thématique du Bushido.
Alain Delon fait preuve plus que jamais d'un charisme incroyable. Pour preuve, il est quasiment mutique pendant le film et ne parle qu'avec parcimonie. Il réussit à retranscrire son personnage avec des postures, un regard et des silences. Son personnage de tueur est méthodique et ne laisse transparaître aucune émotion. L'appartement de Costello reflète le caractère du personnage, froid sans fioriture. Le Paris représenté par Melville est également très stylisé avec ses ruelles froides et son club de jazz.
On retrouve d'ailleurs cette froideur dans la photographie du film avec sa tonalité très grise et bleu, presque métallique. Le cadrage de Melville est extrêmement précis et virtuose, rien n'est laissé au hasard. Une des scènes marquantes du film en terme de réalisation est notamment la rencontre de Costello avec l'homme qui est censé lui remettre l'argent. La caméra posée face à chaque acteur en champ / contre-champ, droite et centrée, puis tout à coup ce travelling rapide à travers les barreaux du pont d'en face qui donne cette impression de chaos et de surprise.
Le Samouraï est pour résumer tout à fait représentatif de l'univers du cinéaste, dont le style et les personnages sont tellement reconnaissables qu'ils ont donné naissance au qualificatif melvillien. Honneur donné seulement aux plus grands.
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