lundi 6 août 2012
Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (What Ever Happened to Baby Jane?)
Réalisation : Robert Aldrich
Scénario : Lukas Heller, d'après le roman de Henry Farrell
Avec : Bette Davis, Joan Crawford, Victor Buono
Durée : 2h14mn
Année : 1962
L'histoire :
Au temps du cinéma muet, "Baby" Jane est une grande star, une des premières enfants prodiges. Sa soeur Blanche, timide et réservée, reste dans l'ombre. Dans les années 30, les rôles sont inversés, Blanche est une grande vedette, Jane est oubliée. Désormais, bien des années après, elles vivent en commun une double névrose. Blanche, victime d'un mystérieux accident, est infirme et semble tout accepter d'une soeur transformée en infirmière sadique qui multiplie les mauvais traitements...
Qu'est-il arrivé à Baby Jane est centré sur le choc des titans de deux actrices : Joan Crawford et Bette Davis. Le choix d'avoir pris deux grandes stars sur le déclin pour incarner ces soeurs rivales qui rêvent de leur gloire passée est une idée grandiose. Bette Davis est incroyable dans ce rôle de vieille fille perdue dans sa psychose et son alcoolisme. Elle est à la fois ignoble, sadique et pitoyable.
Cette histoire de séquestration d'une femme par sa propre soeur a de nombreuses scènes qui ont inspiré beaucoup de thriller jusqu'à aujourd'hui. Mais au-delà de la simple histoire de prisonnière, ce qui est intéressant est le fait que le film s'attarde sur la psychologie de ces deux soeurs qui restent toutes les deux perdues dans les souvenirs de leur gloire passée. Le côté anti-glamour de l'histoire et les actrices choisies à l'époque n'ont pas dû aider le film à trouver un producteur. Et c'était là l'idée de génie.
Blanche se plait à regarder les rediffusions de ses anciens films à la télévision et à recevoir des lettres de femmes, alors que sa soeur a sombré depuis longtemps dans l'alcoolisme en continuant à regarder sa poupée Baby Jane et en s'habillant comme la petite star qu'elle était. L'affrontement est terrible, le huis-clos est stressant et le suspense constant jusqu'à la révélation finale.
vendredi 3 août 2012
Outrage (アウトレイジ)
Réalisation : Takeshi Kitano
Scénario : Takeshi Kitano
Avec : Takeshi Kitano, Kippei Shiina, Ryo Kase
Durée : 1h49mn
Année : 2010
L'histoire :
Dans une lutte impitoyable pour le pouvoir, plusieurs clans yakuza se disputent la bienveillance du Parrain. Les caïds montent dans l'organisation à coups de complots et de fausses allégeances. Otomo, yakuza de longue date, a vu évoluer ses pairs : des tatouages élaborés et des phalanges sectionnées, ils sont passés à la haute finance. Leur combat pour arriver au sommet, ou du moins pour survivre, est sans fin dans un monde corrompu où règnent trahison et vengeance. Un monde où les héros n'existent pas...
Avec ce film, Takeshi Kitano revient pour la première fois depuis 10 ans au genre qui a fait sa popularité : le film de yakuzas. L'histoire se porte sur les luttes internes dans les clans mafieux pour accéder au pouvoir et récupérer les territoires des voisins. On assiste à une succession constante de trahisons et de coups montés où les chefs sont prêts à tout pour monter les marches du pouvoir.
Il est même parfois presque comique de voir deux "frères" yakuza se piéger entre eux et se revoir après en se disant qu'il s'agit certainement d'un malentendu. Au fur et à mesure de l'avancée du film, on comprend assez vite que personne ne tiendra aucune de ses alliances avec les autres et que c'est le plus malin qui l'emportera.
Contrairement à la plupart des précédents films de yakuza de Kitano, l'histoire et la mise en scène sont très bruts, avec peu de musique. Les scènes de dialogue s'enchainent avec celles des règlements de compte de manière systématique avec son lot de violence bien crue (mention spéciale à la visite chez le dentiste). Comme le dit l'un des personnages du film : "You know you're dealing with the yakuza, right?"... On ne retrouve malheureusement pas le côté poétique et fantaisiste que l'on avait par exemple dans Hana-bi avec les peintures ou Sonatine avec les scènes de jeu sur la plage. On ressentait également cette légèreté avec la musique du grand Joe Hisaishi qui a été longtemps le compositeur de Kitano (et de Miyazaki, soit dit en passant) jusqu'à son film Dolls.
Malgré tout, Outrage reste un bon film dans le genre mafieux, mais pas du niveau des chefs d’œuvre du réalisateur. A noter que la suite Outrage Beyond arrive en fin d'année et sera présentée à la Mostra de Venise en septembre.
jeudi 2 août 2012
Œil pour œil (Day of the Woman)
Réalisation : Meir Zarchi
Scénario : Meir Zarchi
Avec : Camille Keaton, Eron Tabor, Richard Pace
Durée : 1h41mn
Année : 1978
L'histoire :
Jennifer, jeune écrivain décide de partir à la campagne pour y écrire son futur roman. Sur place, les autochtones semblent charmants et l’accueillent sans réserve. Il faut dire qu’elle est la seule dans le coin. D’abord avenants, ils se montrent peu à peu envahissants, jusqu’au jour où une simple promenade se transforme en véritable cauchemar...
Le film d'aujourd'hui va nous permettre d'aborder un genre qui a eu ses lettres de noblesse dans les années 70-80 avec des films comme La femme scorpion, L'ange de la vengeance ou La dernière maison sur la gauche. J'ai nommé le Rape & Revenge. Pour ceux qui ne connaitraient pas, le scénario de ce type de film est construit de manière très binaire : le personnage subit une agression (viol, torture, ...) dans un premier temps, et la suite du film est basée sur le cheminement de ce personnage dans sa vengeance (en général, massacrer les agresseurs...).
Nous n'allons pas nous questionner ici sur l'intérêt moral de la chose, mon but n'étant pas de vous faire un cours de philo ou de psycho. Film connu également sous le titre I Spit on your Grave (titre renié par le réalisateur lui-même), Œil pour œil est un classique du genre. En revanche, ce qui peut changer par rapport à d'autres œuvres, c'est que les deux parties du film sont égales sur la durée. En effet, le réalisateur "s'acharne" longtemps sur la jeune fille et on peut dire qu'on suit son calvaire de bout en bout.
L'absence de musique dans tout le film donne un côté brut aux images qui intensifie la violence. On a un contraste très marqué entre des plans de nature paisible qui sont soudain bouleversés par les attaques des agresseurs (opposition qu'on retrouve avec par exemple la femme qui se promène paisiblement sur l'eau avec une barque et l'irruption des hommes dans un bateau à moteur dont le bruit semble déjà agresser la nature).
La deuxième partie du film suit l'enchainement des meurtres des quatre responsables (dont une séquence dans la baignoire bien sadique). Tout devient systématique et la vengeance se fera sans pitié.
En résumé, le film devrait plaire aux amateurs. Quelques défauts l'empêchent de se hisser au niveau des chefs d’œuvre du genre (notamment les acteurs qui sont loin d'être bons côté masculin, mais rattrapés par l’héroïne qui est excellente). Mais certains partis pris en font un film intéressant à découvrir.
lundi 30 juillet 2012
Le monstre est vivant (It's Alive)
Réalisation : Larry Cohen
Scénario : Larry Cohen
Avec : John P. Ryan, Sharon Farrell, James Dixon
Durée : 1h31
Année : 1974
L'histoire :
Une jeune Américaine accouche d'un bébé monstrueux et meurtrier qui, dès qu'il ouvre un oeil, assassine médecin et infirmières.
Nous avons là une bonne petite série B d'horreur avec un sujet très intéressant. Face à ce bébé pas comme les autres, les deux parents ne réagissent pas de la même manière. D'un côté la mère conserve son instinct maternel malgré l'horreur de la situation et de l'autre le père qui veut à tout prix se débarrasser lui-même de cette chose qu'il ne considère pas du tout comme sa progéniture. Il est ainsi intéressant d'observer la différence de réaction d'un parent confronté à la naissance d'un enfant anormal.
L'histoire pointe du doigt la dégradation de l'environnement à cause de l'homme, la radioactivité, l'industrie pharmaceutique, les politiques qui cherchent à étouffer un quelconque scandale. On assiste également à l'implosion de la cellule familiale confrontée au drame.
L'horreur est traitée ici avec une économie de moyen qui fait plaisir à voir. Beaucoup de vue subjective, on ne voit le monstre que partiellement, souvent dans la pénombre. Ce choix permet de conserver un suspense constant et une atmosphère stressante.
A savoir que le film de Larry Cohen a connu deux suites : Les monstres sont toujours vivants (qui serait apparemment également à découvrir) et La vengeance des monstres (moins intéressant, toujours selon les dires).
The Dark Knight Rises
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Jonathan Nolan, Christopher Nolan
Avec : Christian Bale, Gary Oldman, Tom Hardy
Durée : 2h44
Année : 2012
L'histoire :
Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent.
Mais c'est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane...
Dernier volet de la trilogie Batman version Christopher Nolan, le paquet a été mis pour finir en beauté. La ville de Gotham est ici menacée de destruction par le nouveau méchant de service, Bane. Incarné par le génial Tom Hardy, il fait partie des stars montantes du moment et collabore déjà pour la deuxième fois avec Nolan après l'excellent Inception.
On assiste ici à la chute et la renaissance magistrale du héros, afin qu'il redevienne à nouveau un symbole pour le peuple. Le personnage de Catwoman est également très bien intégré dans l'histoire et joliment interprété par Anne Hathaway. Bane est impressionnant de voix et de muscles, même s'il pâtit malheureusement de la comparaison avec le Joker de The Dark Knight où Heath Ledger nous avait délivré une interprétation difficilement surpassable dans le genre.
On retrouve à nouveau la virtuosité du réalisateur à tourner les scènes d'action et son style fait de plans très soignés et de mouvement de caméra extrêmement souples. On constate notamment son habitude à filmer les courses poursuites avec la caméra proche du sol, ce que l'on avait déjà dans ses deux précédents films The Dark Knight et Inception. La force de Nolan est bien de savoir conter les histoires tout en offrant une forme visuelle captivante.
L'histoire est très bien écrite et l'action constante, malgré la longueur du film. La saga de la chauve-souris bénéficie même d'une conclusion de qualité qui satisfaira tout le monde.
mardi 24 juillet 2012
Michael Shannon
J'inaugure aujourd'hui la rubrique Acteurs avec Michael Shannon et vais vous expliquer pourquoi c'est un grand acteur en quelques films.
Bug de William Friedkin : parce qu'il montre pour la première fois son talent à jouer des personnages dérangés. Une descente aux enfers totale où il emmènera Ashley Judd avec lui.
Les noces rebelles de Sam Mendes : parce qu'il est l'élément catalyseur qui va déceler la faille dans le couple DiCaprio/Winslet et qui va leur faire prendre conscience de leur réel malaise. Petit rôle, mais avec beaucoup d'impact.
Dans l'oeil d'un tueur de Werner Herzog : parce qu'il réussit à incarner un homme dont le cheminement étrange et mystique le mènera à assassiner sa mère. La question et l'intérêt du film : pourquoi ?
Les Runaways de Floria Sigismondi : parce qu'il est excellent en manager exubérant du groupe de Joan Jett.
Take Shelter de Jeff Nichols : parce qu'il nous fait douter jusqu'au bout sur l'état mental de ce père de famille persuadé que la fin du monde approche et qu'il doit sauver sa femme et sa fille.
Pee Wee Big Adventure (Pee-wee's Big Adventure)
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Phil Hartman, Paul Reubens, Michael Varhol
Avec : Paul Reubens, Elizabeth Daily, Mark Holton
Durée : 1h30mn
Année : 1985
L'histoire :
Pee Wee, un adulte qui ressemble à un enfant, s'apprête à passer une belle journée avec l'amour de sa vie : sa bicyclette. Mais cet objet vient d'être volé par le méchant Francis. Pee Wee part à la recherche de son amour perdu et nous entraîne dans des aventures de plus en plus burlesques.
Le 1er film de Tim Burton est déjà révélateur de ses obsessions qu'on retrouvera régulièrement dans sa filmographie. Pee Wee tourne autour d'un personnage atypique qui vit dans son propre monde qu'il s'est créé : une maison pleine de jouets et de gadgets loufoques, avec pour principal ami son chien (compagnon obligé du banlieusard américain qu'on retrouve dans son court-métrage Frankenweenie ou dans Edward aux mains d'argent).
Le personnage de Pee Wee Herman a été créé par l'acteur Paul Reubens pour une émission TV. Et bien que ce film était un film de commande pour Tim, on constate qu'il a su rendre ce film plus personnel qu'il n'y paraitrait.
Le film est une succession de scènes où le héros croise toute une galerie de personnages colorés, jusqu'à l'apothéose finale de la course poursuite dans les studios Warner où on assiste à un passage en revue de tous les classiques et clichés du cinéma dans une allure effrénée qui rappellerait l'époque du cinéma muet burlesque.
On retrouve également deux scènes où Burton fait appel à la technique du Stop Motion qu'il a toujours adorée : le rêve de Pee Wee avec le dinosaure et la rencontre avec Large Marge. Pour les amateurs du cinéaste, ce film est un vraiment bonheur d'humour décalé et de personnages originaux. Et on a même droit à un clin d’œil à son obsession pour les clowns (dont il a horreur) lors du vol du vélo avec cet automate moqueur qui semble agresser Pee Wee de son rire sadique.
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